Embauches cadres : seules 9% des entreprises recrutent au T2 2025

Le marché de l’emploi cadre reste figé : 9% d’intentions d’embauche seulement

Le marché de l'emploi cadre stagne : 9% d'intentions d'embauche au T2 2025, un niveau historiquement bas selon le baromètre Apec.

Le réveil demeure absent. Suite à une année 2024 caractérisée par un repli de 8% dans le recrutement des cadres, les entreprises persistent dans leur approche prudente. L’enquête Apec correspondant au deuxième trimestre 2025 valide cette orientation : uniquement 9% des structures prévoient d’intégrer un cadre au cours des trois prochains mois. Cette proportion équivaut à celle de l’année antérieure et illustre un marché installé dans l’atonie.

Cette apparente stabilité dissimule une situation inquiétante. En référence, antérieurement à la crise sanitaire, en 2019, cette proportion d’intention s’établissait à 14%. L’écart met en lumière l’étendue de la transformation structurelle qui touche le recrutement des profils managériaux. Les organisations, face à des perspectives économiques troubles, optent pour la temporisation plutôt que pour l’acquisition de talents.

Les grands groupes en position de retrait

La segmentation selon la dimension des entreprises dévoile des contrastes significatifs. Les grandes structures et entreprises intermédiaires (250 collaborateurs et davantage) présentent 46% de projets de recrutement, marquant une diminution de 3 points comparativement au deuxième trimestre 2024. Ce déclin questionne quand ces entités constituent habituellement le moteur du segment cadre.

Cette réticence des grands groupes trouve ses racines dans plusieurs éléments convergents. La diminution d’investissement des entreprises non financières de 1,5% influence directement leurs orientations de développement. Dans ces conditions, les initiatives d’expansion sont différées, provoquant automatiquement une diminution des besoins d’encadrement.

À l’inverse, les PME (10 à 249 collaborateurs) manifestent des indices de redressement mesuré avec 15% de projets, représentant 2 points supplémentaires qu’en 2024. Cette évolution, limitée mais observable, révèle une réactivité accrue de ces organisations aux variations économiques.

Des domaines d’activité sous pression

Plusieurs secteurs subissent intensément l’incertitude géopolitique et commerciale. L’aéronautique, l’automobile ainsi que l’agroalimentaire confrontent les menaces tarifaires américaines, incitant les entreprises à la plus grande circonspection. Cette configuration provoque des ajournements d’investissement et restreint considérablement les créations de postes.

Les services à haute valeur ajoutée n’échappent pas à cette tendance. Le conseil, l’informatique et l’ingénierie maintiennent leur confiance à 71%, un seuil insuffisant pour réactiver les embauches. Dans l’industrie, le moral des cadres s’effrite à 65%, perdant 9 points, ralentissant d’autant les programmes de renforcement en recherche-développement ou en production.

La dynamique PME : un modeste renouveau

Après une phase délicate en début 2024, les PME démontrent néanmoins un léger redressement. Plusieurs éléments éclairent cette dynamique relative. En premier lieu, leur rapidité décisionnelle leur permet de saisir les opportunités sitôt qu’une commande se concrétise. Par ailleurs, un phénomène de compensation s’active : des exigences en compétences techniques ou commerciales, demeurées en attente l’année écoulée, ressurgissent.

Cette évolution s’accompagne d’un aspect notable : l’intérêt grandissant des cadres envers ces structures. Devant des grands groupes plus réservés, les PME proposent des possibilités de développement interne plus concrètes et une participation directe à la croissance de l’organisation.

La circonspection gagne les cadres

Côté cadres, la configuration influence immédiatement les orientations professionnelles. 13% d’entre eux considèrent une démission dans les trois mois, une proportion stable malgré la rareté des propositions. Cependant les motivations se transforment : elles deviennent davantage défensives qu’opportunistes. L’appréhension de suppressions d’emplois potentielles ou l’absence de perspectives d’évolution prédominent désormais sur la quête d’opportunités de carrière.

Cette réticence se quantifie également dans la perception du marché. 56% des cadres estiment difficile de dénicher un poste équivalent, soit 4 points supplémentaires qu’auparavant. Parmi les moins de 35 ans, cette proportion s’élève à 42%, progressant de 9 points. Ces données illustrent la détérioration des conditions de mobilité, spécialement pour les jeunes cadres.

Le danger du cercle vicieux

Cette configuration engendre des conséquences néfastes susceptibles de s’autorépéter. La diminution des propositions accentue la concurrence, poussant les cadres vers l’immobilisme professionnel. Cette rétention artificielle entrave la mobilité naturelle du marché et freine les trajectoires de carrière.

Sur le plan rémunération, la pression s’inverse. Les candidats acceptent parfois des packages inférieurs à leurs expectations, ramenant les négociations à un niveau pré-crise. Paradoxalement, cette situation prolonge les processus de recrutement car les entreprises peinent à identifier le bon équilibre entre leurs contraintes budgétaires et les exigences des candidats.

Des stratégies d’adaptation indispensables

Devant cette conjoncture, entreprises et cadres doivent moduler leurs démarches. Pour les employeurs, le moment privilégie les embauches opportunistes : attirer les talents disponibles avant la reprise pour gagner un avantage. Les PME ayant adopté cette stratégie consolident déjà leur compétitivité.

Pour les cadres, la polyvalence devient un avantage décisif. Les profils aptes à couvrir plusieurs fonctions demeurent les plus sollicités sur un marché restreint. Le réseau professionnel acquiert également une importance renforcée : 41% des embauches passent déjà par un contact préalable. Maintenir sa visibilité s’impose donc comme crucial.

L’ouverture sectorielle représente une autre voie. Se positionner sur des PME dynamiques ou des niches technologiques moins exposées aux turbulences macro-économiques peut révéler des opportunités inespérées.

Avec cette proportion de 9% d’intentions d’embauche, le marché cadre valide son enlisement. Si les grandes entreprises conservent leur prudence, l’initiative revient graduellement aux PME. Pour les cadres, comprendre ces nouvelles dynamiques devient indispensable pour évoluer dans un environnement professionnel durablement modifié.