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Le marché de l'emploi cadre chute de 8% en 2024 avec 303 400 embauches. Facteurs économiques et politiques expliquent ce reflux après trois ans de croissance.
Le marché de l’emploi cadre a connu un ralentissement significatif. Après trois années de croissance continue, le recrutement de cadres a diminué de 8% en 2024, chutant de 328 000 à 303 400 embauches. Cette rupture de tendance, mise en lumière par le Baromètre Apec du deuxième trimestre 2025, signale un changement majeur dans un secteur qui paraissait pourtant résistant aux difficultés économiques.
Ce repli trouve son origine dans plusieurs éléments convergents qui ont influencé les choix de recrutement des entreprises durant toute l’année. Confrontés aux incertitudes politiques, aux tensions géopolitiques et au fléchissement des investissements, les employeurs ont privilégié l’expectative, une attitude qui transparaît maintenant dans les chiffres.
La principale cause de cette diminution réside dans la chute des investissements des sociétés non financières, qui ont baissé de 1,5% d’après l’Insee. Cette retenue s’est manifestée de manière particulière dans les industries à forte intensité capitalistique telles que l’aéronautique et l’automobile, où les groupes ont reporté leurs projets de modernisation et de développement.
Les services informatiques et l’ingénierie, habituellement moteurs du marché de l’emploi cadre, n’ont pas été épargnés par cette dynamique. Ces domaines ont été fortement impactés par l’attentisme de leurs clients, les obligeant à limiter le recrutement d’experts.
Cette réserve des entreprises provient de multiples sources d’incertitude. La dissolution de l’Assemblée nationale à la fin de 2024 a entraîné un blocage de certains budgets publics et le décalage de contrats liés aux dépenses de l’État. En parallèle, les tensions géopolitiques qui perdurent, notamment le conflit ukrainien, les troubles en Mer Rouge ou les tarifs douaniers américains sur certains produits européens, ont limité la lisibilité des entreprises concernant leurs débouchés à l’international.
S’y ajoute un contexte économique compliqué par l’inflation et des taux d’intérêt élevés, qui augmentent le coût du financement et ralentissent les projets nécessitant un retour sur investissement à long terme.
Cette prudence généralisée a généré un phénomène de cascade sur l’ensemble du marché de l’emploi cadre. Les secteurs traditionnellement dynamiques ont enregistré une baisse de leurs recrutements, tandis que le commerce et l’agroalimentaire ont maintenu leurs positions sans toutefois générer assez de postes pour contrebalancer les pertes observées ailleurs.
De manière paradoxale, la durée moyenne de recrutement est restée stable à douze semaines selon les données de l’Apec relatives aux pratiques de recrutement. Cette constance masque en réalité une complexité grandissante : il devient plus difficile d’initier des processus de recrutement, de persuader les managers d’ouvrir un poste, puis d’obtenir les autorisations budgétaires requises.
L’examen par taille d’entreprise révèle des variations significatives dans cette contraction. Les grandes entreprises et ETI de plus de 250 salariés, responsables de 46% des recrutements en 2024, anticipent une diminution supplémentaire de trois points de leurs projets d’embauche pour 2025. Ces organisations, historiquement fer de lance du marché, portent l’essentiel de la baisse constatée.
Les PME de 10 à 249 salariés, représentant 39% des recrutements, subissent également un reflux mais de moindre ampleur. Elles manifestent même une augmentation modeste de deux points de leurs intentions d’embauche pour 2025, démontrant une flexibilité qui leur permet de relancer rapidement des postes dès qu’une commande se concrétise.
Concernant les TPE de moins de dix salariés, elles assurent 15% des recrutements mais envisagent une diminution de deux points de leurs intentions pour l’exercice suivant.
Pour 2025, l’Apec anticipe une nouvelle diminution du marché, mais plus mesurée avec un recul de 4%. Cette projection demeure cependant dépendante de plusieurs paramètres essentiels : l’orientation budgétaire post-dissolution, l’apaisement géopolitique, l’évolution de l’inflation et la direction des taux d’intérêt.
L’Insee ne prévoyant qu’une progression de 0,2% au deuxième trimestre 2025, l’environnement macroéconomique ne paraît pas propice à une reprise vigoureuse de l’investissement des entreprises.
Cette réduction du marché se matérialise concrètement pour les cadres par plusieurs phénomènes inquiétants. Les jeunes cadres sont spécialement affectés, avec une diminution prévue de 16% du taux d’ouverture de postes junior, comparé à 4% en moyenne générale.
La mobilité professionnelle devient plus hasardeuse : 56% des cadres remettent en question leur aptitude à décrocher un poste équivalent, un pourcentage qui atteint 42% chez les moins de 35 ans. Cette préoccupation influence la négociation salariale, avec des packages de recrutement figés, voire orientés à la baisse dans certains secteurs en sureffectif.
Confrontées à ces enjeux, les entreprises favorisent désormais les profils polyvalents, aptes à gérer plusieurs fonctions pour absorber l’incertitude économique. Cette orientation vers le « multi-profil » traduit une approche plus réaliste du recrutement en période d’instabilité.
Dans cette configuration tendue, l’adaptabilité devient déterminante, autant pour les entreprises que pour les candidats. Les premières doivent reconsidérer leurs approches de recrutement, les seconds réinventer leur stratégie sur un marché de l’emploi devenu plus exigeant.