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Le Baromètre Apec révèle une chute de confiance : 67% des entreprises croient en leur croissance (-12 pts), 72% des cadres se sentent en sécurité.
Le dernier Baromètre Apec du deuxième trimestre 2025 sonne l’alarme : une crise de confiance sans précédent frappe simultanément entreprises et cadres. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À peine 67 % des employeurs maintiennent leur confiance en l’évolution de leur activité, un recul de 12 points sur deux ans. Parallèlement, seuls 72 % des cadres se sentent en sécurité professionnelle (–3 points), tandis que 59 % n’entrevoyent plus d’opportunités d’évolution en interne (–4 points). Cette double dynamique négative dépeint un paysage préoccupant. Lorsque la méfiance s’enracine simultanément chez les deux parties, elle génère une spirale susceptible de paralyser rapidement le marché de l’emploi des cadres.
La confiance entrepreneuriale atteint son niveau le plus faible depuis 2020. En mars 2023, 79 % des entreprises anticipaient positivement l’évolution de leur activité. Aujourd’hui, cette proportion s’effrite à 67 %, après être passée par 72 % en mars 2024.
Cette chute s’explique par un ensemble de facteurs macroéconomiques et politiques. La croissance française, ramenée à seulement 0,1 %, pèse sur les prévisions. L’imprévisibilité des droits de douane américains génère de l’instabilité, tandis que la dissolution parlementaire a obscurci les perspectives économiques et politiques, accentuant l’attentisme.
Les répercussions sont immédiates. Les projets de recrutement de cadres stagnent à 9 %, un seuil particulièrement préoccupant. Cette circonspection générale se reflète également dans les choix budgétaires des entreprises.
Côté cadres, le panorama est tout aussi morose. Bien que 72 % expriment encore un sentiment de sécurité professionnelle, cette perception s’affaiblit. Plus alarmant encore, les opportunités d’évolution interne ne séduisent désormais que 59 % des cadres.
Les jeunes professionnels de moins de 35 ans subissent un impact disproportionné. Leur sentiment de sécurité plonge à 64 % (–8 points), et leurs perspectives de progression n’attirent plus que 54 % d’entre eux (–5 points). Cette cohorte essuie ainsi un double désavantage : une sécurité perçue diminuée et des opportunités raréfiées.
Les possibilités de reconversion deviennent également une source d’inquiétude. 56 % des cadres considèrent aujourd’hui ardu de décrocher un poste similaire (+4 points). Parmi les moins de 35 ans, cette proportion grimpe à 58 % (soit une hausse de 9 points), témoignant d’une fragilisation notable de leur statut professionnel perçu.
Cette défiance réciproque engendre un cercle vicieux. Les dirigeants, devenus plus réticents, freinent les créations d’emplois et ajournent les promotions. Confrontés à cette frilosité, les cadres perdent en motivation, leur implication diminue et leurs velléités de départ s’intensifient. Notamment chez les moins de 35 ans, où 18 % envisagent de changer d’employeur.
Cette rotation latente provoque une érosion de la productivité qui, à son tour, entrave l’investissement humain. Les directions, captant de nouveaux signaux défavorables, voient leur prudence se consolider, relançant ainsi cette mécanique.
Cette méfiance se concrétise directement dans les pratiques RH et managériales. Les avancements hiérarchiques ralentissent sensiblement, les entreprises favorisant davantage les mobilités horizontales. Les revalorisations salariales piétinent ou se concentrent sur des hausses très sélectives, loin des augmentations généralisées.
Les enveloppes dédiées à la formation s’orientent vers la polyvalence plutôt que vers l’expertise de pointe. Quant aux projets innovants, leurs échéances sont souvent repoussées, voire fractionnées en expérimentations pour minimiser l’engagement financier. Les cadres perçoivent ces choix comme des obstacles à leur développement, tandis que les entreprises y voient une prudence budgétaire indispensable. Cet écart d’interprétation nourrit encore davantage la défiance bilatérale.
La persistance de cette configuration fait planer plusieurs menaces. Le péril le plus immédiat concerne l’exode des compétences stratégiques vers des secteurs ou des territoires plus attractifs. Cette « saignée » pourrait compromettre durablement la solidité économique française.
L’autre écueil réside dans un sous-investissement persistant en talents et en innovation. Lorsque la confiance se rétablira, les entreprises risquent de manquer des ressources humaines qualifiées pour exploiter la relance. Ce déficit de compétitivité entraverait alors leur capacité à rebondir.
Enfin, un malaise intergénérationnel émerge. Les jeunes cadres, souvent moins fidèles et plus enclins au quiet quitting ou à l’entrepreneuriat contraint, pourraient transformer durablement leur relation au salariat classique.
Pour dépasser cette impasse, entreprises et cadres doivent collaborer. Du côté patronal, la transparence économique devient cruciale. Diffuser périodiquement les indicateurs de performance et clarifier les décisions peut rétablir une compréhension partagée.
La mobilité interne nécessite également d’être clarifiée. Diffuser les opportunités disponibles et faciliter les candidatures internes transmet un message encourageant, même en période de restrictions. Les programmes de compétences, axés sur des formations validantes (intelligence artificielle, données, compétences environnementales), permettent de stabiliser les parcours malgré le gel des avancements.
Les cadres détiennent aussi leur rôle. L’initiative devient fondamentale : solliciter un entretien d’évolution annuel, même hors calendrier RH, ou enrichir ses compétences via des micro-certifications et du mentorat croisé. Le réseau professionnel gagne en importance cruciale, puisque 41 % des embauches transitent par une relation préexistante.
Cette période troublée exige finalement une perspective durable. Évaluer une organisation non seulement sur sa conjoncture présente, mais sur son aptitude historique au redressement, peut prévenir les choix précipités qui désavantagent tous les acteurs.
Cette double crise de confiance place le marché cadre sous forte pression. Sans un engagement mutuel pour restaurer la confiance, la reprise prévue pour 2026 pourrait manquer simultanément de talents dynamiques et de projets ambitieux à leur offrir.