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56% des cadres redoutent de retrouver un emploi équivalent selon l'Apec. Entre envie de départ et crainte du marché, la mobilité devient contrainte.
Un paradoxe saisissant caractérise actuellement l’univers des cadres. Si l’aspiration au changement demeure vivace – 13 % d’entre eux envisagent de quitter leur emploi dans les trois prochains mois –, leur confiance s’amenuise face à un marché professionnel moins porteur. En effet, 56 % estiment qu’il leur serait difficile de retrouver un poste similaire. Cette contradiction, éclairée par le Baromètre Apec du deuxième trimestre 2025, révèle une mobilité de plus en plus entravée, où l’appréhension prévaut désormais sur l’ambition.
L’appétence des cadres pour le changement se maintient. Avec 13 % d’intentions de départ à trois mois, ce pourcentage demeure stable par rapport à l’année précédente. Cette constance traduit des aspirations profondes : quête d’une meilleure rémunération, désir de monter en responsabilités ou simple recherche de nouveauté professionnelle.
Parmi les moins de 35 ans, cette proportion atteint même 18 %. Cette population, traditionnellement plus encline au mouvement, continue de manifester un fort besoin d’évolution. Néanmoins, même au sein de cette catégorie d’âge habituellement dynamique, les convictions s’ébranlent devant les signes d’un marché qui se resserre.
Le constat le plus marquant de cette étude réside dans l’effritement de la confiance. Désormais, 56 % des cadres jugent ardu d’obtenir un emploi comparable, soit une hausse de 4 points sur un an. Cette méfiance touche particulièrement les jeunes cadres : seulement 42 % des moins de 35 ans se montrent optimistes, un recul de 9 points comparé à l’exercice précédent.
Cette détérioration de la perception reflète une compréhension lucide du ralentissement du marché. Les embauches de cadres ont chuté de 8 % en 2024, et les projets de recrutement pour le deuxième trimestre 2025 plafonnent à 9 %. Face à ces indicateurs, même les profils les plus agiles anticipent un contexte plus contraint.
L’analyse des motivations de départ révèle une transformation profonde des dynamiques de mobilité. Autrefois principalement animée par l’attrait de nouveaux défis ou l’élargissement de périmètres de responsabilités, elle s’oriente aujourd’hui vers des réflexes plus défensifs.
L’appréhension d’un licenciement ou d’une paralysie d’activité s’impose davantage parmi les raisons de changer d’emploi. De même, l’absence d’horizons internes encourage désormais l’exode. Inversement, la recherche de nouveaux défis perd de son emprise, tandis que l’objectif d’une augmentation salariale se stabilise, sans progression significative. Cette mutation caractérise le basculement d’une mobilité volontaire vers une mobilité davantage contrainte, dictée par l’anxiété plutôt que par l’aspiration.
Le ralentissement du marché n’impacte pas tous les acteurs de manière homogène. Les grandes structures, par exemple, enregistrent une baisse de 3 points dans leurs projets d’embauche, ce qui réduit les possibilités de mobilité ascendante pour leurs cadres. Cette contraction des opportunités internes referme des portes habituellement accessibles aux profils expérimentés.
Les PME, en revanche, apportent une lueur d’optimisme avec 15 % d’intentions de recrutement. Cependant, ces occasions s’accompagnent fréquemment d’offres moins attractives, obligeant parfois les candidats à revoir leurs prétentions à la baisse.
Dans le secteur industriel, le moral des cadres s’établit à 65 %, perdant 9 points sur un an. Si la diminution des projets internes pousse à la recherche externe, les postes réellement accessibles se font plus rares.
Cette nouvelle configuration du marché engendre des défis complexes pour les directions des ressources humaines. Le risque de désengagement rampant est réel : un cadre qui aspire au départ mais se retrouve immobilisé peut voir sa motivation décliner progressivement. Cette démobilisation souterraine représente un coût masqué considérable pour l’entreprise.
Les discussions salariales se compliquent également. Des candidats externes, conscients de la conjoncture défavorable, peuvent accepter des rémunérations réduites, ce qui génère une pression descendante sur les barèmes internes et complexifie l’élaboration des politiques de rémunération.
Par ailleurs, la fidélisation exige une approche plus nuancée. Maintenir à tout prix un cadre démotivé peut s’avérer plus onéreux qu’un remplacement ciblé, surtout si cette rétention se fait sans stratégie de remobilisation efficace.
Face à ces tensions, les entreprises sont appelées à réviser leurs approches. La clarté sur les parcours professionnels internes devient essentielle : détailler franchement les possibilités d’évolution, ou leur absence, permet de cadrer les attentes et de prévenir les déceptions. Les missions transversales et les formations de développement représentent aussi des alternatives intéressantes. Elles préservent l’employabilité des cadres sans promettre des progressions irréalisables, tout en maintenant leur implication. Une mobilité interne simplifiée constitue également une voie prometteuse. Des démarches allégées pour changer de service peuvent combler le besoin de renouveau sans encourager le départ.
Pour les cadres eux-mêmes, l’adaptation est devenue indispensable. Cultiver son réseau professionnel prend une dimension cruciale : 41 % des recrutements de cadres s’effectuent via une relation antérieure, un facteur déterminant lorsque les offres publiques se raréfient. Harmoniser son projet professionnel avec les réalités du marché, cibler des domaines encore porteurs plutôt que d’attendre l’occasion parfaite, devient une urgence stratégique.
Cette phase de mutation impose une reconsidération des équilibres entre ambition individuelle et contraintes du marché. Entre restriction d’embauches et perspectives internes limitées, la mobilité professionnelle des cadres amorce une nouvelle phase, plus mesurée et plus tactique.