Apprentissage : les entreprises devront payer 750€ pour les formations supérieures

L’apprentissage se durcit financièrement pour les entreprises

Le gouvernement instaure un reste à charge de 750€ par apprenti pour les formations bac+3 et plus, en complément d'une hausse des cotisations sociales.

L’apprentissage en France est à un moment charnière. Dépassant le million de contrats actifs au 31 mars 2025, le succès du dispositif conduit le gouvernement à revoir sa copie financière. De nouvelles charges sont ainsi imposées aux entreprises pour maîtriser des dépenses grimpantes.

Des cotisations sociales revues à la hausse

Depuis le 1er mars 2025, les modalités de calcul des cotisations sociales ont évolué pour les nouveaux contrats d’apprentissage. Désormais, la CSG et la CRDS s’appliquent sur la rémunération des apprentis pour la part excédant 50 % du SMIC, contre 79 % auparavant. Cette modification, inscrite dans un décret du 28 mars 2025, réduit l’étendue de l’exonération dont bénéficiaient les entreprises.

Le calcul, bien que complexe, entraîne des effets concrets. Pour un apprenti percevant 1 200 euros par mois, l’employeur doit désormais s’acquitter de 29 euros de CSG-CRDS. Cette somme correspond à la fraction salariale dépassant 901 euros (soit 50 % d’un SMIC brut estimé à 1 801 euros). Cette charge vient s’ajouter aux cotisations salariales, elles aussi soumises à une exonération plafonnée à 50 % du SMIC.

Les contrats initiés avant le 1er mars 2025 ne sont pas concernés par cette réforme et conservent le régime précédent jusqu’à leur échéance. Cette disposition transitoire évite un bouleversement immédiat pour les contrats en cours.

Un reste à charge inédit pour le supérieur

La deuxième mesure a un impact plus direct. Dès le 1er juillet 2025, les entreprises devront verser un « reste à charge » de 750 euros par apprenti préparant un diplôme de niveau bac+3 au minimum. Cette participation forfaitaire, introduite par la loi de finances 2025, vise les formations de niveau 6 du Cadre National des Certifications Professionnelles.

Ce montant est fixe, indépendamment de la rémunération de l’apprenti. Le recouvrement de cette contribution obligatoire sera du ressort des Organismes de Formation par Apprentissage (OFA). L’objectif affiché est clair : enrayer l’explosion des coûts du système.

Selon France Compétences, un apprenti coûtait en moyenne 8 596 euros par an à un organisme de formation en 2023. Cette hausse des dépenses conduit le gouvernement à opérer une nouvelle répartition de l’effort financier entre l’État et les entreprises.

Une démocratisation onéreuse

L’apprentissage a connu une mutation profonde ces dernières années. Conçu historiquement pour qualifier les jeunes sans diplôme, il attire désormais massivement les étudiants du supérieur. Cette évolution sociologique contribue en partie à la flambée des coûts de formation.

Le dispositif conserve son attractivité : toutes les entreprises, qu’importe leur statut ou leur taille, sont autorisées à recruter des apprentis âgés de 16 à 29 ans au moment de la signature du contrat. Cette souplesse a favorisé la popularisation de l’apprentissage, mais génère des pressions budgétaires.

Le gouvernement justifie ces ajustements par la nécessité d’assurer « la soutenabilité du modèle financier de l’apprentissage ». Si l’instauration d’un reste à charge est actée, ses modalités d’application sont encore en attente d’un décret. Logiquement, cette mesure ne s’appliquera qu’aux contrats signés à partir du 1er juillet 2025.

Ces évolutions marquent un réajustement assumé. L’apprentissage demeure encouragé, mais son financement se rééquilibre progressivement entre la sphère publique et le secteur privé, notamment pour les formations supérieures.