Recrutement cadres 2024 : Excel résiste face aux ATS et à l'IA

Recrutement de cadres : Excel domine encore face aux nouvelles technologies

78% des entreprises recrutant des cadres utilisent encore Excel. Les grands groupes adoptent massivement les ATS, l'IA reste marginale.

Le secteur du recrutement de cadres présente en 2024 un paradoxe technologique frappant. Tandis que l’intelligence artificielle monopolise l’attention des médias professionnels, les pratiques concrètes racontent une histoire différente. D’après l’étude « Pratiques de recrutement de cadres » menée par l’Apec, 78% des entreprises continuent de privilégier les outils bureautiques traditionnels pour leurs recrutements de cadres.

Cette prédominance persistante des tableurs, logiciels de traitement de texte et messageries classiques témoigne d’une digitalisation du recrutement qui progresse de façon inégale. Les grandes structures accélèrent leur transition vers des solutions spécialisées, pendant que les PME conservent leurs méthodes habituelles, souvent contraintes par des limites budgétaires ou organisationnelles.

La fracture entre PME et grandes entreprises se creuse

L’étude des données fait apparaître un écart technologique grandissant selon la dimension des structures. Les grandes entreprises et ETI (250 salariés et plus) adoptent massivement les ATS (Applicant Tracking System) ou les modules SIRH spécialisés dans le recrutement : 50% d’entre elles y ont recours aujourd’hui, face à seulement 17% des PME.

L’évolution observée sur trois années révèle une accélération marquée dans les grands groupes. Ces derniers ont progressé de 12 points entre 2021 et 2024, tandis que les PME enregistrent une croissance plus mesurée de 3 points. Cette tendance trouve son explication dans des flux de candidatures plus conséquents et des exigences réglementaires renforcées, particulièrement concernant le respect du RGPD.

Chez les grandes organisations, les motivations apparaissent clairement : automatiser la diffusion sur plusieurs sites, garantir une traçabilité des choix effectués et bénéficier de tableaux de bord pour optimiser les coûts de recrutement. Les PME, face à des enveloppes budgétaires restreintes et des volumes de recrutement limités, éprouvent des difficultés à légitimer l’investissement de départ et la période de mise en œuvre.

L’intelligence artificielle reste au stade expérimental

En dépit de la couverture médiatique intense, l’intelligence artificielle constitue encore un phénomène minoritaire dans le recrutement de cadres. Uniquement 4% des entreprises ayant embauché un cadre en 2024 affirment avoir incorporé un outil d’IA dans leurs processus, indépendamment de leur secteur ou dimension.

Les applications actuelles demeurent restreintes : aide à la rédaction des annonces d’emploi, présélection automatique des CV ou évaluation élémentaire des dossiers. Bien loin de la transformation annoncée, l’IA fonctionne aujourd’hui plutôt comme un support ponctuel que comme une refonte complète des méthodes.

Les projets d’adoption dévoilent toutefois un engouement grandissant, surtout dans les grandes entreprises où 16% prévoient de sauter le pas, comparé à 10% des PME. Les motivations énoncées sont terre-à-terre : optimiser le temps (62% des mentions), diminuer certaines dépenses (48%) et affiner la sélection des profils (39%).

Des impacts opérationnels différenciés

L’écart technologique entre Excel et ATS produit des différences opérationnelles substantielles. Les structures dotées d’ATS profitent d’un processus centralisé avec alertes automatisées, de tableaux de bord instantanés et d’un circuit de validation multi-utilisateurs organisé. Elles disposent par ailleurs d’une traçabilité intégrée, essentielle pour la justification juridique.

À l’opposé, les organisations utilisant des outils bureautiques manipulent des documents partagés avec des risques d’erreurs, élaborent des bilans manuels et périodiques, et s’appuient sur les échanges par courrier électronique pour travailler ensemble. L’historique des choix demeure fréquemment éparpillé, rendant complexe la justification lors de litiges.

Cette différence d’équipement ne se traduit cependant pas par un écart significatif sur les durées de recrutement, qui se maintiennent autour de 12 semaines en moyenne sur l’ensemble du marché. L’atout des ATS réside plutôt dans l’aptitude à localiser avec précision les phases à améliorer.

Perspectives 2025 : consolidation plutôt que révolution

L’année 2025 se profile sous l’angle de la consolidation plutôt que du bouleversement technologique. La montée en puissance des ATS et modules SIRH devrait continuer dans les grandes entreprises, avec une propagation plus graduelle mais constante en PME.

Les tests en intelligence artificielle demeureront vraisemblablement focalisés sur des fonctionnalités ciblées : optimisation de l’adéquation candidat-poste et création automatique de modèles. La fusion entre ATS et IA se dessine chez quelques éditeurs, mais les entreprises consultées signalent qu’elles en sont toujours au niveau pilote.

Les PME pourraient découvrir leur chemin dans des solutions ATS simplifiées, commercialisées en mode SaaS avec des formules mensuelles abordables. Ces dispositifs permettraient d’améliorer la traçabilité sans explosion des coûts, tout en préservant une démarche terre-à-terre du recrutement.

Pour les grandes entreprises déjà équipées, le défi consistera à valoriser entièrement les informations disponibles dans leurs ATS actuels avant d’investir dans des couches d’IA onéreuses. L’enrichissement de l’expérience candidat demeure également un challenge commun : 37% des entreprises subissent des abandons de candidats, souvent dus à un manque de communication pendant le processus.

Le recrutement de cadres en 2024 dévoile un écosystème aux multiples facettes, où la technologie de pointe cohabite avec les approches traditionnelles. Le défi des années à venir ne consistera pas forcément à adopter la technologie la plus sophistiquée, mais à identifier le juste équilibre entre performance opérationnelle et investissement, pour simplifier les tâches récurrentes et libérer du temps pour l’essentiel : l’évaluation humaine des candidats.