Finistère : 35 000 intentions d'embauche en 2025, le secteur saisonnier domine

Le Finistère table sur 35 000 embauches en 2025 malgré un recul des intentions

France Travail recense 35 188 projets de recrutement en Finistère pour 2025. Baisse de 10,6% mais marché dynamique avec 43% d'emplois saisonniers.

L’étude annuelle sur les Besoins en main-d’œuvre (BMO) réalisée par France Travail lève le voile sur les intentions de recrutement dans le Finistère pour l’année 2025. Le département comptabilise 35 188 projets d’embauche, attestant de la vitalité de son marché du travail, bien que ce chiffre soit en baisse par rapport à l’année précédente. Menée conjointement avec le Credoc, cette enquête offre une lecture fine des secteurs porteurs et des obstacles rencontrés par les employeurs.

Un repli qui ramène aux niveaux d’avant-crise sanitaire

Les entreprises finistériennes prévoient 35 188 embauches pour 2025, ce qui représente une diminution de 10,6 % comparé aux 39 365 perspectives recensées en 2024. Cette contraction prolonge la tendance observée l’année passée, marquée par un recul de 11,1 % par rapport à l’année 2023.

François Persehaie, directeur territorial de France Travail Finistère, restitue ces données dans leur contexte. Les pics de recrutements enregistrés en 2022 et 2023, avec respectivement 45 105 et 44 273 intentions, constituaient en réalité un effet de rattrapage consécutif à la pandémie de Covid-19. Le volume d’embauches actuel correspond davantage aux niveaux de 2019, considérés comme une année de référence pour un marché de l’emploi dynamique.

Environ un tiers des entreprises interrogées (29,4 %) expriment une volonté de recruter, contre 32,7 % en 2024. Cette baisse touche l’ensemble des secteurs d’activité, mais avec des intensités variables.

Une disparité sectorielle face au ralentissement

L’industrie est particulièrement affectée par ce ralentissement, enregistrant une chute de 26 % de ses intentions d’embauche. Cette situation s’explique en partie par les incertitudes qui pèsent sur la filière de l’armement, fortement implantée dans le Finistère. Au moment de l’enquête, l’instabilité politique avait engendré une certaine fébrilité, se traduisant par des carnets de commandes moins remplis.

Les services aux particuliers (-12,9 %), l’agroalimentaire (-12,4 %) et le commerce (-11,3 %) affichent également des reculs significatifs. À l’inverse, d’autres secteurs font preuve d’une meilleure résilience : l’agriculture (-7,8 %), la construction (-7,4 %) et les services aux entreprises (-1,2 %) enregistrent des diminutions plus contenues.

Le palmarès des dix métiers les plus recherchés

Les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie dominent largement le classement des professions les plus convoitées. Les serveurs de cafés-restaurants arrivent en tête avec 2 275 intentions d’embauche, suivis par les salariés agricoles (2 005) et les aides de cuisine (1 541).

Les employés de l’hôtellerie (1 380), les agents d’entretien (1 214) et les cuisiniers (1 077) complètent ce groupe de tête. Les métiers du social et du médico-social sont également bien représentés avec les professionnels de l’animation socioculturelle (940), les aides-soignants (928) et les aides à domicile (875).

Si l’on exclut les emplois saisonniers, le classement évolue notablement. Les aides de cuisine passent en première position (881), devant les agents d’entretien (773) et les aides-soignants (676). Cette configuration souligne l’importance stratégique de l’emploi saisonnier dans l’économie du Finistère.

L’emploi saisonnier en hausse dans le département

Le Finistère se caractérise par la part croissante des emplois saisonniers, qui représentent désormais 43 % des projets de recrutement pour 2025. Cette particularité locale explique la forte présence des métiers liés à la restauration et à l’agriculture dans le classement général.

Cette saisonnalité marquée reflète l’influence prépondérante du tourisme et de l’agriculture sur l’économie départementale, mais soulève aussi des questions en matière de stabilité de l’emploi et de construction de parcours professionnels.

Une décrue des difficultés de recrutement

Les employeurs estiment que 50,4 % de leurs recrutements seront ardus à concrétiser, un chiffre en nette amélioration par rapport à 2024 (58,3 %) et 2023 (62,6 %). Seul le secteur de l’industrie agroalimentaire voit ses difficultés augmenter, passant de 54 % à 57,6 %.

La construction demeure le secteur le plus tendu avec 71 % de recrutements jugés difficiles, devant l’industrie (62 %) et les services à la personne (44,5 %). Parmi les métiers spécifiques, les aides à domicile se classent en deuxième position des postes les plus complexes à pourvoir (90,5 %), juste derrière les couvreurs (93,7 %).

Le cas concret des aides à domicile

Patricia Jolly, directrice de l’association Archipel aide et soins à domicile, donne un éclairage sur ces défis. Son secteur nécessitait 2 186 équivalents temps pleins en 2018 et pourrait en requérir 4 425 d’ici 2050.

L’association peine à renouveler ses équipes : 20 % des effectifs quittent chaque année leur poste pour cause de retraite ou d’inaptitude. En 2024, 46 départs n’ont été compensés que par 39 recrutements. Face à cette équation délicate, Archipel a mis en place depuis 2019 une démarche innovante ciblant des profils éloignés du métier.

Une formation de 400 heures (comprenant 280 heures théoriques et 120 heures de stage), élaborée en partenariat avec France Travail, a permis de former 73 personnes en six ans, dont 51 ont trouvé un emploi durable. Ainsi, des fleuristes, électriciens ou parents au foyer se réorientent vers ce secteur en tension mais porteur de perspectives.

Cette initiative démontre que l’adaptation des stratégies de recrutement peut contribuer à résoudre des situations complexes, particulièrement sur un marché de l’emploi sous tension comme celui du Finistère, dont le taux de chômage s’établissait à 6,1 % fin 2024.