Radiations France Travail : 55 000 demandeurs d'emploi exclus chaque mois

Les radiations à France Travail touchent 55 000 personnes par mois

Une étude officielle révèle le profil des sanctionnés : jeunes, peu diplômés, isolés. La radiation freine le retour à l'emploi au lieu de le favoriser.

Chaque mois, environ 55 000 demandeurs d’emploi sont retirés des listes de France Travail. Non pas parce qu’ils ont trouvé un poste, mais en raison d’une radiation. Le 10 juillet 2025, la Dares a publié une étude qui, pour la première fois, éclaire le parcours de ces individus sanctionnés. Les chiffres mettent en lumière un phénomène de grande ampleur, affectant principalement les plus vulnérables.

Un dispositif de sanctions omniprésent

En 2024, les radiations représentaient 10 % des sorties des demandeurs d’emploi inscrits dans les catégories A, B et C. Cette sanction administrative entraîne une suspension, partielle ou totale, de l’allocation chômage, pouvant durer jusqu’à douze mois.

La cause principale de radiation demeure la non-présentation à une convocation, concernant 62 % des cas. Le défaut de recherche active d’emploi est à l’origine de 35 % des sanctions, tandis que la fraude avérée ne représente que 3 %. Ces données indiquent que la grande majorité des personnes radiées ne sont pas des fraudeurs, mais des individus qui peinent à remplir leurs obligations administratives.

Le profil des radiés met en lumière les inégalités

L’étude de la Dares brosse un portrait précis des personnes soumises à une sanction. Les hommes sont surreprésentés, constituant 61 % des radiés, contre 50 % parmi les non-radiés. Les jeunes de moins de 25 ans représentent 28 % des exclusions, soit 8 points de plus que leur proportion parmi l’ensemble des inscrits.

Le niveau de formation s’avère être un facteur crucial : seuls 5 % des radiés possèdent un diplôme de niveau Bac +3 ou supérieur, alors que ce taux s’élève à 15 % chez les autres demandeurs d’emploi. Cette surreprésentation des personnes peu diplômées illustre la complexité à naviguer au sein d’un système administratif.

D’autres critères révèlent la fragilité sociale des radiés. Ainsi, 58 % vivent seuls sans enfants, comparativement à 49 % des autres. 18 % résident dans un quartier prioritaire, et 19 % perçoivent le RSA, un taux 1,5 fois supérieur à la moyenne. Enfin, 30 % avaient déjà été radiés entre 2021 et 2022, ce qui suggère une récidive administrative inquiétante.

Des répercussions préjudiciables sur l’emploi

Contrairement aux objectifs affichés, la radiation ne favorise pas un retour rapide à l’emploi. Un mois après leur exclusion, seuls 31 % des radiés occupent un emploi salarié, contre 48 % des sortants non sanctionnés. Cet écart de 17 points met en évidence l’effet contre-productif de la sanction.

Lorsque ces personnes retrouvent un emploi, il s’agit souvent de formes précaires. L’intérim représente 25 % des contrats obtenus par les radiés, contre 14 % pour les autres. Les CDI ne constituent que 36 % de leurs emplois, comparé à 48 % pour ceux qui n’ont pas subi de sanction.

Cette tendance à la précarisation se confirme sur le long terme : 70 % des personnes radiées se réinscrivent dans les douze mois, ce qui démontre que l’exclusion n’est bien souvent qu’une parenthèse administrative douloureuse.

L’évolution récente des réglementations

Le 1er juin 2025, un décret a modifié les règles encadrant les radiations. La sanction automatique en cas de non-présentation à un rendez-vous a été supprimée. Désormais, un contrôleur est chargé d’évaluer le comportement général du demandeur d’emploi. Si une recherche active est avérée malgré une absence ponctuelle, aucune sanction ne peut être appliquée.

Cette évolution s’inscrit dans une approche de « suspension-remobilisation », visant à prévenir les exclusions injustifiées. Ce changement répond aux critiques exprimées de longue date concernant l’automaticité des sanctions, jugées inefficaces et socialement brutales.

La pression exercée sur les bénéficiaires du RSA

Depuis janvier 2025, les bénéficiaires du RSA sont automatiquement inscrits sur les listes de France Travail, conformément à la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023. Cette mesure a intégré plus d’un million de personnes supplémentaires au dispositif.

Cette intégration massive soulève des interrogations quant à l’adaptation du système. Ces publics, souvent éloignés de l’emploi et confrontés à de multiples difficultés, bénéficient-ils réellement d’un accompagnement adapté ? La radiation est-elle pertinente pour des profils aux réalités sociales complexes ?

Déjà surreprésentés parmi les radiés, les bénéficiaires du RSA pourraient faire face à un nombre croissant de sanctions. Le ministère du Travail assure vouloir éviter les effets de seuil, mais les associations craignent une précarisation administrative massive.

Un débat politique sous tension

La question de la radiation est au cœur d’importantes tensions politiques. D’un côté, la lutte contre les abus est perçue comme légitime dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques. De l’autre, les données officielles montrent que moins de 1 % des chômeurs commettent réellement une fraude, et que la majorité des radiés le sont pour des motifs administratifs ou sociaux.

Plusieurs responsables politiques appellent à plus de sanctions et à la généralisation des échanges de données automatisés entre les administrations. À l’inverse, d’autres élus réclament la suppression des radiations, qu’ils jugent contre-productives et socialement violentes.

L’étude de la Dares révèle un système qui sanctionne davantage la précarité que les abus. Bien que la réforme de juin 2025 introduise des garde-fous, elle pourrait ne pas suffire à compenser les effets d’une politique toujours plus exigeante envers les usagers les plus fragiles.