Pénurie d'ambulanciers : 15 000 postes à pourvoir en France

La France fait face à une pénurie de 15 000 ambulanciers

15 000 ambulanciers manquent en France, dont 4 000 en Grand Est. Un secteur qui recrute malgré les contraintes du permis probatoire.

Le secteur de l’ambulance fait face à une importante pénurie de personnel. On compte 15 000 postes d’ambulanciers non pourvus sur l’ensemble du territoire ; dans la seule région Grand Est, ce chiffre oscille entre 3 000 et 4 000. Ce manque de candidats soulève des questions, d’autant que ces professionnels de santé sont essentiels en amont de la chaîne de soins.

Anthony Poirel, fort de 34 années d’expérience en tant qu’ambulancier et actuellement président de la commission formation de la Chambre nationale des services d’ambulance, a dressé un état des lieux de cette profession en tension à l’occasion de la Semaine des métiers du transport et de la logistique.

Un rôle sanitaire accru

L’ambulancier ne se cantonne plus au simple transport de patients. Désormais un professionnel de santé à part entière, il exerce dans un contexte marqué par la multiplication des déserts médicaux et la réorganisation des hôpitaux. En particulier dans les zones rurales, ces agents permettent aux seniors d’accéder aux consultations médicales. Ils contribuent également au développement de l’ambulatoire, une stratégie visant à réduire les dépenses hospitalières.

La formation a d’ailleurs été repensée pour s’adapter à ces nouvelles exigences. Depuis 2021, l’obtention du diplôme d’État d’ambulancier requiert 801 heures de formation, contre 630 auparavant. Le champ des compétences s’est élargi : pratique d’électrocardiogrammes, administration de traitements sur prescription, intervention en urgence préhospitalière pour le SAMU.

Des freins au recrutement qui persistent

Malgré une collaboration avec France Travail et l’accès à des dispositifs d’accompagnement bien structurés, le nombre de candidats qui concrétisent leur projet professionnel reste limité. La profession se heurte notamment à une règle contraignante : l’obligation de posséder le permis de conduire depuis au moins trois ans, ou deux ans en cas de conduite accompagnée.

Cette exigence liée au permis probatoire représente un obstacle majeur pour les jeunes. Ceux-ci ne constituent que 2% des effectifs actuels dans la tranche d’âge 18-23 ans. Face à ce délai, beaucoup se tournent vers d’autres carrières. Des discussions sont en cours avec la Direction générale de l’offre de soins en vue d’obtenir des exceptions, comme c’est le cas pour d’autres métiers du transport, en contrepartie d’un module de perfectionnement à la conduite de 35 heures.

Des conditions en amélioration progressive

Les conditions de travail et les rémunérations connaissent une évolution positive depuis les années 2000. La structuration du secteur a abouti à la signature d’un accord-cadre au sein de la convention collective des transports routiers. Ce texte définit le temps de travail quotidien, les pauses, les indemnités de repas et le Salaire Mensuel Professionnel Garanti.

Des perspectives d’évolution de carrière existent, notamment vers des postes de régulateur, facturier ou responsable d’exploitation. Le diplôme d’État offre également la possibilité de bifurquer vers d’autres professions de santé comme aide-soignant ou infirmier.

Des vocations voient le jour

Le parcours de Julie, 24 ans, illustre le cheminement de ceux qui se réorientent vers le métier d’ambulancier. Titulaire d’une licence en biologie moléculaire et cellulaire, elle a découvert cette profession au cours d’un emploi saisonnier avant de choisir de s’y consacrer pleinement. Auxiliaire ambulancière depuis trois ans, elle entreprend sa formation pour le diplôme d’État en juin. Son témoignage met en lumière la richesse de cette activité, qui combine aspects sanitaires et conduite, contact humain et apprentissage continu, loin de toute routine.

Cette variété au quotidien, malgré les contraintes d’horaires décalés et de permanence, représente un attrait majeur pour une profession qui se définit comme « plus qu’un métier, une vocation ».