Réforme majeure : les infirmiers bientôt en accès direct

Une réforme « révolutionnaire » transforme le métier d’infirmier en France

Une loi révolutionnaire étend les prérogatives des infirmiers : accès direct aux patients, diagnostics infirmiers et prescriptions d'antalgiques.

Dans les couloirs du Parlement, une réforme que la profession qualifie d’« historique » s’apprête à bouleverser profondément le quotidien des 640 000 infirmiers français. En cours d’examen en commission mixte paritaire, ce projet de loi consensuel élargit les compétences des professionnels de santé et simplifie l’accès aux soins pour les patients.

Un accès direct enfin autorisé

À ce jour, la consultation d’un infirmier libéral impose systématiquement une ordonnance médicale. Une obligation que Gaëlle Cannat, présidente du collectif Infirmiers libéraux en colère, explicite clairement : « Si vous avez une petite plaie, un petit truc, besoin d’une aide pour une douche ou ce genre de choses, ce qui est pourtant notre rôle propre », un passage préalable chez le médecin reste obligatoire.

Cette exigence disparaîtra dès l’adoption du texte, validé en mars par l’Assemblée nationale puis adopté en mai au Sénat. L’infirmier pourra dorénavant agir directement auprès d’une personne « qui a une petite perte d’autonomie ou est rentrée d’une hospitalisation, mais n’a pas eu de prescription d’un médecin et a besoin qu’on vienne l’aider à faire des toilettes », précise Grégory Caumes, juriste et expert en politique de santé.

267 diagnostics infirmiers reconnus

La réforme dépasse largement cette simplification administrative. Elle valide officiellement 267 diagnostics infirmiers, une demande formulée depuis vingt ans par la profession selon Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière.

En pratique, l’infirmière pourra déterminer si elle se trouve face à « une plaie simple sur laquelle elle va pouvoir réagir ou si ça va être complexe, si ça demande un avis médical, et qu’elle va devoir réorienter », développe Grégory Caumes. Les soins de plaies basculent ainsi en accès direct, comme le précise Sylvaine Mazière-Tauran, présidente de l’Ordre des infirmiers.

Un droit de prescription limité mais significatif

Le projet instaure par ailleurs un droit de prescription pour certains médicaments basiques. Les infirmiers pourront prescrire des antalgiques de niveau 1, notamment le paracétamol. Une progression logique pour Sylvaine Mazière-Tauran : « Il est quand même assez fou qu’un patient puisse acheter en pharmacie des antidouleurs et qu’une infirmière, notamment à l’hôpital, face à un patient qui souffre, ne puisse pas lui donner un antalgique de premier niveau. »

Cette disposition touche l’ensemble des 640 000 infirmiers français, parmi lesquels 145 000 exercent en libéral. Mais comme le souligne Grégory Caumes, « on pense souvent à l’infirmière libérale, mais ça va changer les choses pour les infirmières de l’Éducation nationale, infirmières au travail, etc. »

Une meilleure coordination des soins

La réforme met également en valeur le rôle d’observation de l’infirmier à domicile. Ce dernier « voit votre environnement, comment vous vous nourrissez et peut faire un accompagnement d’éducation thérapeutique », indique Grégory Caumes. Cette « photographie du patient » s’avère précieuse puisque « parfois, le patient va aller chez le médecin, mais il y a des choses qu’il n’explique pas forcément », constate Ghislaine Sicre.

L’objectif ne consiste pas à « remplacer le médecin », martèlent les professionnels, mais à proposer « des portes d’entrée supplémentaires pour ne pas laisser des patients emboliser les services d’urgence », comme l’indique Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers.

La fin de situations ubuesques

La loi éliminera certaines absurdités du système actuel. Daniel Guillerm témoigne : « Si la patiente ne voyait son médecin que deux jours après, vous avez des médecins qui refusaient d’antidater les actes, la prescription, et donc vous étiez de votre poche en tant qu’infirmier » quand un soin imprévu s’avérait nécessaire.

John Pinte, président du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux, y perçoit une transformation majeure : « C’est vraiment inscrire la profession dans l’avenir du système de santé et faciliter, fluidifier le parcours du patient. » Une révolution qui risque de passer inaperçue du grand public, mais dont l’impact sur l’organisation des soins sera considérable.