Microsoft supprime 9 000 postes tout en recrutant des ingénieurs indiens

Microsoft licencie massivement tout en multipliant les recrutements étrangers

Microsoft annonce une nouvelle vague de licenciements de 9 000 salariés, principalement dans le gaming, tout en déposant des demandes de visas H-1B.

Microsoft est au cœur d’une transformation majeure, marquée par une série de décisions qui soulèvent des questions. Le géant technologique a récemment annoncé une troisième vague de suppressions de postes depuis le début de l’année 2025, affectant près de 9 000 salariés, principalement au sein de sa division jeux vidéo. Cette restructuration massive intervient alors même que l’entreprise continue de solliciter un nombre important de visas H-1B pour attirer des talents étrangers, une dualité qui alimente le débat public.

Une vague de suppressions d’emplois dans les équipes de jeu vidéo

La restructuration impacte lourdement Microsoft Gaming, qui employait environ 20 000 collaborateurs en janvier 2024, notamment suite aux acquisitions de Bethesda et Activision Blizzard. Phil Spencer, directeur général de la division Xbox, a justifié ces réductions par la nécessité de « diminuer les strates hiérarchiques » et de se concentrer sur des « projets stratégiques prioritaires » pour un « succès durable ».

Les répercussions sont immédiates et significatives. Plusieurs projets emblématiques ont été purement et simplement annulés : « Blackbird », un jeu de rôle en ligne développé depuis 2018 par Zenimax Online ; « Everwild » du studio Rare, présenté en 2019 comme un titre clé pour la Xbox Series ; ou encore « Perfect Dark », dont le studio The Initiative a été fermé. Le studio Turn 10, créateur de la série Forza Motorsport, aurait perdu jusqu’à 50 % de ses effectifs, selon des rapports. Cette troisième vague de licenciements s’ajoute aux 6 000 postes supprimés en mai et aux 2 000 départs du premier trimestre, portant le total à plus de 15 000, voire près de 17 000 licenciements depuis janvier 2025.

L’intégration de talents étrangers suscite des interrogations

Alors que Microsoft procède à des restructurations, les données de l’USCIS révèlent que l’entreprise a obtenu 4 725 approbations de visas H-1B au deuxième trimestre de l’exercice 2025. Bien que des allégations aient circulé concernant 14 181 demandes en 2025, les données pour l’exercice fiscal 2024 montrent 9 491 approbations. Notons que la majorité de ces demandes H-1B sont des renouvellements pour des employés existants, et non de nouvelles embauches, avec environ 1 200 nouvelles demandes en 2024, représentant environ 25 % de toutes les requêtes H-1B et 0,5 % de l’effectif total de l’entreprise. Ces visas permettent le recrutement de travailleurs étrangers hautement qualifiés, principalement des ingénieurs, développeurs, data scientists et spécialistes en intelligence artificielle.

Cette démarche cible des profils spécialisés dans des domaines émergents : l’intelligence artificielle générative, l’optimisation du cloud, les systèmes distribués et la cybersécurité. Microsoft justifie cette approche par ses investissements massifs dans l’IA, notamment via Azure AI et ses collaborations avec OpenAI. Sur le plan économique, la logique est défendable. Les postes supprimés concernent souvent des fonctions managériales ou des projets abandonnés, mais il est important de noter que des rôles d’ingénierie logicielle et de gestion de produits ont également été considérablement impactés. Les recrutements via H-1B visent des compétences rares sur le marché américain. Cependant, la perception publique reste délicate.

Une communication sous tension

Le contraste entre les licenciements massifs et le recours à la main-d’œuvre étrangère suscite des interrogations. « Comment peut-on licencier des développeurs ici tout en en important d’autres de l’étranger? », s’interrogent plusieurs internautes sur les réseaux sociaux. Le syndicat Communications Workers of America (CWA) a exprimé sa déception, déclarant : « Nous sommes profondément déçus de la décision de Microsoft de licencier des milliers de travailleurs supplémentaires, y compris des membres du CWA représentés par des syndicats, à un moment où l’entreprise est prospère ». Le CWA demande davantage de transparence : « Il ne s’agit pas tant d’une question de nationalité que de cohérence dans la gestion des talents. Nous comprenons le besoin de compétences spécifiques, mais il faut aussi prendre soin de ceux qui sont mis de côté ».

Matt Booty, responsable des Xbox Game Studios, défend cette stratégie : « Nous devons faire des choix aujourd’hui pour continuer à réussir demain. Nous privilégions les opportunités les plus prometteuses. » Un discours axé sur l’adaptation au marché, qui fait écho aux manœuvres observées chez Meta, Amazon ou Google.

Une tendance structurelle du secteur

Microsoft n’est pas la seule entreprise à adopter cette approche. Amazon, Google et Meta figurent également parmi les principaux demandeurs de visas H-1B en 2025. Cette politique s’inscrit dans une logique globale : attirer les meilleurs talents tout en optimisant les structures existantes.

Le visa H-1B autorise l’emploi d’un salarié étranger pour trois ans, avec une possibilité de renouvellement pour une durée totale de six ans. Concernant les salaires, les employeurs doivent attester auprès du Département du Travail (DOL) qu’ils paieront aux travailleurs H-1B des salaires au moins égaux au « salaire réel » versé aux travailleurs américains ayant une expérience similaire ou au « salaire en vigueur » pour la profession dans la zone d’emploi, le montant le plus élevé étant retenu. Pour Microsoft, ces décisions visent à recentrer l’entreprise sur l’IA, la productivité, la cybersécurité et le cloud — des secteurs à forte valeur ajoutée.

L’entreprise multiplie les partenariats avec des instituts de recherche, investit massivement dans de nouveaux centres de données (environ 80 milliards de dollars en 2025 pour des centres compatibles IA) et explore des projets combinant robotique, agents autonomes et outils collaboratifs. Si les licenciements marquent une rupture nette, les recrutements de profils qualifiés préparent les innovations futures. Cette double dynamique révèle les tensions d’une industrie en pleine transformation, prise entre impératifs financiers, pression concurrentielle et ambitions technologiques. Microsoft devra préserver sa culture d’entreprise et sa crédibilité sociale tout en menant à bien sa métamorphose.