Inscription automatique des étrangers à France Travail dès le CIR

Les étrangers hors UE inscrits automatiquement à France Travail

Une circulaire ordonne l'inscription automatique à France Travail pour les étrangers hors UE dès la signature du Contrat d'intégration républicaine.

Fin juin, Bruno Retailleau et Astrid Panosyan-Bouvet ont signé une circulaire qui va changer la donne pour les nouveaux arrivants. Dès la signature de leur contrat d’intégration républicaine, les étrangers non européens en situation régulière seront automatiquement inscrits à France Travail. Une première.

Un chômage qui interpelle

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 16,4% de chômage chez les étrangers non communautaires en situation régulière. C’est plus du double de la moyenne nationale qui tourne autour de 7,4%. Dans le même temps, 450 000 postes restent vacants en France. BTP, restauration, aide à domicile, informatique… Les secteurs en tension ne manquent pas.

Pour le gouvernement, c’est un paradoxe qu’il faut résoudre. « Il est critique que tous ceux qui sont en âge et en mesure de travailler le fassent », martèle la circulaire. Français comme étrangers installés sur le territoire.

Comment ça va se passer ?

Jusqu’à présent, s’inscrire à Pôle Emploi (devenu France Travail) relevait du parcours du combattant pour les primo-arrivants. Pas automatique, souvent après les cours de français, parfois des mois d’attente. La circulaire du 26 juin change la donne.

Dès l’entretien à l’OFII (l’Office français de l’immigration), les agents aideront directement les nouveaux arrivants à créer leur dossier France Travail. Mais attention, tout dépend du niveau de français. A1 acquis ou presque A2 ? Direction les parcours qui mélangent langue et formation métier. En dessous ? Il faudra d’abord passer par la case cours de langue classiques, jusqu’à 600 heures si nécessaire.

Concrètement, ça ne sera vraiment automatique qu’en 2026. D’ici là, phase transitoire. Les agents de l’OFII doivent accompagner ceux « dont le niveau de maîtrise de la langue serait suffisant ». Traduction : on y va progressivement.

Qui est visé exactement ?

Environ 100 000 personnes par an signent ce fameux contrat d’intégration républicaine. Regroupement familial, conjoints de Français, réfugiés, bénéficiaires de protection subsidiaire… La liste est longue. Tous ces profils sont concernés, à condition qu’ils cherchent activement un emploi.

Les étudiants ? Non. Les visiteurs, travailleurs temporaires, détenteurs de passeport talent ? Pas non plus. Eux ne sont pas tenus de signer un CIR, donc ils échappent au dispositif. Logique, ils ne s’installent pas durablement.

L’OFII d’un côté, France Travail de l’autre

Chacun son rôle, clairement défini. L’OFII garde ses prérogatives : évaluation du niveau de français, cours de langue de base, formation aux valeurs républicaines. France Travail récupère tout ce qui touche à l’emploi : accompagnement professionnel, formation linguistique axée sur le travail, mise en relation avec les entreprises.

« Dès lors que le niveau de maîtrise de la langue permet l’accès au monde du travail, il n’y a pas de raison d’attendre », a déclaré Astrid Panosyan-Bouvet. Le message est clair : on accélère le processus.

Retailleau assume une ligne dure

Le ministre de l’Intérieur ne s’en cache pas. « Avant de régulariser les personnes en situation irrégulière, concentrons-nous sur l’insertion professionnelle des étrangers qui sont déjà en situation régulière et actuellement sans emploi ». La priorité aux étrangers déjà présents, voilà la philosophie.

Cette circulaire s’inscrit dans le prolongement de la loi immigration de janvier 2024. À partir du 1er janvier 2026, le niveau A2 en français sera obligatoire pour obtenir une carte de séjour pluriannuelle. Avant, il suffisait d’être assidu aux cours. L’exigence monte d’un cran.

Des syndicats vent debout

Du côté des organisations syndicales, ça grince. CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires ont dénoncé début juin « la politique xénophobe menée par le ministre de l’Intérieur ». Ils pointent une logique de tri entre bons et mauvais migrants.

La Cimade, association spécialisée dans l’accompagnement des étrangers, adopte une position nuancée. Oui à l’amélioration de l’accompagnement vers l’emploi. Mais elle s’inquiète pour les plus vulnérables : peu scolarisés, personnes dont la langue utilise un autre alphabet, femmes souvent en difficulté avec les exigences linguistiques. « Une grande partie des personnes migrantes » risque d’être « poussée vers la précarité et l’exclusion », prévient l’association.

Autre point d’achoppement : l’assiduité. L’accompagnement de France Travail sera conditionné à la présence aux formations OFII. Absences injustifiées ? Pas de suivi emploi. Une double peine, selon les associations, pour ceux qui décrochent faute de moyens pour faire garder leurs enfants ou payer les transports.

France Travail sous pression

L’opérateur va devoir s’adapter rapidement. Des milliers de nouveaux usagers chaque mois, beaucoup avec un français limité, une méconnaissance totale du marché du travail français. Il faut renforcer les dispositifs de FLE professionnel, créer des ateliers spécifiques, former les conseillers à l’accueil d’un public migrant.

Les préfets de région devront fixer des objectifs chiffrés et rendre des comptes tous les trois mois. Premier bilan attendu en octobre. La pression est mise.

Reste à voir sur le terrain

Sur le papier, l’objectif est ambitieux : « réduire le taux de chômage et augmenter le taux d’activité et d’emploi des étrangers en France sur le long terme ». Dans les faits ? Tout dépendra des moyens alloués.

Car inscrire automatiquement, c’est une chose. Accompagner réellement, c’est une autre. Les travailleurs sociaux le répètent : « Il ne suffit pas de rendre l’inscription automatique pour que l’inclusion professionnelle se réalise ». Il faudra plus de formations linguistiques, plus de conseillers dédiés, plus de dispositifs d’insertion sur le terrain.

Rendez-vous en 2026 pour voir si l’ambition se transforme en réalité. Ou si elle restera lettre morte, faute de moyens.